
Le blog de Graham
Recommandation pour les mois à venir
Ce post m'a été initialement inspiré par une interrogation d'un intervenant sur un autre forum qui m'a frappé l'imagination. Pendant que je réfléchissais à lui répondre au mieux de ce qui me semblait son intérêt, je me suis finalement rendu compte qu'en définitive j'aurais conseillé cette même recommandation à toutes les personnes qui m'auraient interrogé. Je me suis rendu compte aussi, qu'hormis la chronique Agora (que je lis par curiosité sans la suivre intellectuellement dans ma pratique ), personne n'avait proposé une telle solution. Et pourtant, devant les nuages s'amoncellant, il se pourrait bien que cette position soit la plus prudente qu'il conviendrait d'adopter. Je sais heurter les esprits de ce forum. Et pourtant, que l'on y réfléchisse bien: le risque est-il dans la conjoncture présente correctement rémunéré? Je pense globalement que non. Le risque de perte en capital est importante à MT, quelques soient les actifs choisis (actions, immobiliers, obligations, et même assurance vie à effet de cliquet). Que l'on y réfléchisse sérieusement. Le risque vaut au moins d'être posé et discuté.
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» Plus je m'informe et plus je pressens que le pire peut arriver à tout
» moment car nous sommes comme des somnanbules qui rêvent qu'ils marchent
» sur du solide alors que nous marchons au-dessus du vide depuis longtemps
» La question reste alors: que faire? placer en or ou en 'tracker' indiciel
» sur l'or(*) ou des matières premières? acheter des terres ou des
» appartements? quel serait la ou les valeurs refuges en cas d'effondrement
» du roi $ ou des guerres que celà ne manquerai pas de déclencher?»
Dans ma vie habituelle, quelques uns me consultent et me demandent ce qu'il conviendrait de faire actuellement. Je leur répond invariablement par la même réponse:
N'investissez pas actuellement. Restez en dehors. Les risques sont trop grands et un krach boursier concomittant à une grave crise économique est envisageable. Il sera toujours temps plus tard d'investir à petites doses.
Certes, je ne procède pas pour mon compte de la même manière. J'assume des risques forts dans l'espoir de n'avoir pas mon jugement trop égaré et de réaliser des gains substantiels. Présomption, peut-être. Sans doute même. On ne se défie jamais assez de sa force toute relative.
L'urgence ne doit pas commander à l'investissement boursier. Or, c'est ce que je fais et c'est sans doute ce que font tous les boursiers un peu actifs. La peur primale reste de demeurer en dehors d'un marché qui serait haussier et de ne pas profiter de gains faciles. Cela fausse le jugement et l'égare.
Quand on est perdu dans le flot d'informations contradictoires, que l'on ne parvient plus à distinguer ce qui peut survenir de ce qui ne le peut pas, il est raisonnable de s'abstenir. Dernièrement, la chronique Agora s'interrogeait sur l'opportunité de tout liquider. Peut-être bien que le rédacteur de l'article avait parfaitement raison. Il faut comprendre ce que l'on fait. Or, je remarque ces derniers temps que plus guère de personne ne le peut. Nous avons tous peur, terriblement peur. Il ne s'agit pas de peur irrationnelle. Il s'agit de peur à l'approche d'un très grand danger. Faut-il l'affronter de face, faut-il le fuire? La question fera sourire les boursiers expérimentés. Ceux-là en ont tant vu. Vraiment? Qu'est-ce donc qu'une expérience de 10 ans, de 20 ans ou plus? Peu de choses en fait. On fait trop de cas de l'expérience des boursiers avertis. Ils n'ont jamais connu, pour la plus part, que 1987, 1998, 2001. C'est dire qu'ils n'ont jamais connu de récession sérieuse. Ils n'ont connu que le long cycle haussier débuté vers 1980. La plus part d'entre eux sont des optimistes invétérés. La passivité, le fameux dos rond, a suffit dans le passé à les épargner. J'interroge: sommes-nous bien conscients de ce qui se profile? Je crains que non. La surprise, l'ébahissement de tous, depuis quelques temps, me le fait croire. Non pas l'inquiétude. Peu le sont vraiment. J'ai avec beaucoup d'assiduité observer la variation des avis des plus éminents analystes et économistes ces trois derniers mois. Je me suis convaincu que tous au fur et à mesure tombaient des nues. J'ai observé les chiffres et les faits. Je me suis effrayé. J'ai douté de ce que je voyais. Le pire est à craindre. Il ne se réalisera peut-être pas. Je l'ignore complétement. Mais, ô combien mais, s'il survient tout sera emporté. Le jeu n'en vaut plus la chandelle. Le risque ne vaut plus un surcroit de rémunération de plus en plus hypothétique au fil des jours. Il convient de fuire, par précaution.
Que faudrait-il faire alors?
Le plus sage est de liquider tout et d'attendre
En bourse, on a tous une mauvaise appréciation du temps. On court après la plus-value. On ne sait plus attendre quelques mois pour y voir plus clair. On se précipite dans l'unique but d'être investi pour participer à la prochaine vague haussière. L'essentiel est ailleurs. Il consiste à préserver la matière première: le capital, puis à attendre le moment opportun pour placer ce capital dans les meilleures conditions. C'est à cette seule condition que l'on réalise une rentabilité élevée, autrement que passagèrement et par l'heureuse circonstance d'un marché haussier. Aujourd'hui, les conditions ne permettent plus de garantir le capital à horizon moyen. Il faut donc partir.
Pourquoi la liquidité plutôt que l'or ou les matières premières, ou agricoles?
Aucun d'entre nous n'a les compétences pour deviner ce que feront dans un environnement récessif les cours des matières premières et agricoles.
Aucun d'entre nous n'est en mesure même d'être assuré si effectivement récession il y aura et la réaction de l'or à cette récession.
L'inflation? Qui sait? cela aussi se peut envisager
Il faut s'appuyer sur l'autorité de plus avertis. Mais que savent ces "avertis" au juste de l'avenir? Guère plus que nous. Les experts sont toujours déjoués. L'histoire de la spéculation le montre, même pour les meilleurs. Et jouer l'or, les matières premières ou agricoles à horizon court n'est jamais que spéculation.
J'affirme que le meilleur actif en situation de haute incertitude reste la monnaie locale. Nous ne sommes pas à 6 mois près. Et tant pis, si cela ou cela survient. A ce moment, quand nous en saurons plus, que l'horizon sera dégagé, il sera tant de revenir et d'ajuster nos portefeuilles. En attendant personne ne voit, et toute position est spéculative avec risque élevé de perte en capital.
Or ce qui est précieux: c'est justement le capital.
Ce qui est précieux aussi: c'est la connaissance.
Préservons donc le capital en attendant d'être mieux éclairé et de comprendre. Il sera toujours temps plus tard. Qu'est-ce donc que six mois de non investissement à échéance lointaine? Finalement si peu. Soyons donc circonspects et hors marché.
Voilà, ce que je recommande pour les mois à venir
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2007-09-23 13:38:08
Interessante reflexion...
Je partage le même avis sur les liquidités indispensables.
Par contre, j'ai orienté mes investissements vers du cuivre, du blé et du sucre.
La hausse n'est que technique, l'inflation et l'euro continueront à penaliser les marchés européens.
Restons prudent.
2007-09-23 19:31:32
Bonne analyse graham
2007-10-01 12:44:22
Cette analyse est partagé par plusieurs blog mais je me pose une question sur le fait de rester liquide. N'est -il pas plutôt souhaitable de se préparer à utiliser les ventes à découvert ou les produits dérivés qui assurent un gain en cas de baisse des marchés. Attention cependant aux warrants qui par la dépréciation du temps sont à déconseiller. Mais les certificats à barrière éloignés sont plus adaptés.
Quel est votre avis.
Quand on est actif en bourse, il est difficile de tout laisser tomber alors c'est pourquoi je propose cette alternative. Jouons la baisse avec précaution me paraît possible.